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à propos de "Notes & Neurons", World Science Festival 2009

Cinq vidéos d’une quinzaine de minutes chacune en ligne sur le site du festival témoignent d’une discussion menée par John Schaefer (producteur). Destinée à un trés grand public, Jamshed Barucha (Tufts University), Daniel Levitin (McGill University), Lawrence Parsons (Sheffield University), accompagnés de Bobby McFerrin, expliquent certains acquis et interrogations de recherches en neurosciences sur les phénomènes musicaux.

Après quelques généralités très rapidement évoquées sur les fondements acoustiques de la musique (hauteur, rythme, timbre), sur sa dimension corporelle (motrice, gestuelle) voire visuelle et sociale (imitation) et, par conséquent, de l’implication d’un grand nombre d’aires cérébrales dans l’activité musicale, le débat s’étend essentiellement sur l’éternelle question des universaux dans la musique, illustrée essentiellement, comme de coutume, par la question des échelles musicales : on y voit ainsi que, dans le domaine musical des neurosciences, le principe pythagoricien et la théorie de Helmholtz y sont toujours aussi prégnants et porteurs d’un "bon sens" qui n’est en rien scientifique, et viennent même contredire (mais de manière ici implicite) les arguments expérimentaux mis en avant : trop peu de temps est donné aux fondements neuronaux de l’apprentissage (éventuellement in utero), d’acculturation et d’attente ("expectation"), bien que des extraits d’expérimentations "cross-culturelles" avec des musiciens de tradition indienne (vidéo n°3), démontrent la capacité d’apprentissage de musiciens américains, fondée sur la plasticité neuronale (Barucha), laquelle est, en dernier ressort ici, l’argument pour l’universalité du langage musical. De même, le "modèle neuronal" (simpliste) de l’attente et de l’acculturation musicales qu’expose Barucha (vidéo n°4), l’assertion de Parsons selon laquelle il n’y aurait pas de critère acoustique (universel ?) pour la consonance (vidéo n°4), ou l’importance du contexte culturel sur lequel insiste (légèrement) Levitin (vidéo n°3), semblent tous mettre en cause l’universalité des intervalles musicaux.

Malheureusement, au moment où la discussion aurait pu s’attarder un peu sur ce point, une intervention musicale - et spectaculaire - de Bobby McFerrin, en interaction avec l’audience (vidéo n°4), prétend au contraire vouloir démontrer l’universalité de l’échelle pentatonique, alors qu’elle illustre des phénomènes d’induction et d’imitation certes musicaux, mais assez triviaux.

Le problème est que, sur internet, les différents blogs (moteur de recherche : "notes & neurons") qui relatent de cette session ne retiennent, l’aspect spectaculaire aidant, que les propos de McFerrin selon lesquels "partout où [il] est allé, la réponse de l’audience est la même...", alors qu’à bien y regarder, il n’a fait qu’induire ce qu’il attendait, qu’aucune étude sérieuse ne peut le prouver. Bien au contraire, on a pour habitude de considérer comme fondateur de l’ethnomusiclogie, celui-là même qui a mis en cause de telles assertions (cf. John Alexander Ellis, 1885) - et des études plus récentes vont également en ce sens (cf. d’ailleurs celle citée plus haut de Barucha). il n’y aurait rien, en fin de compte, de plus universel que l’incompréhension...

En somme, il s’agit là surtout d’un show qui met en scène mythes, croyances, science et applaudissements mais qui, faute d’une vulgarisation trop débridée, n’a malheureusement d’intérêt que pour un sociologue de la recherche scientifique...

Voir en ligne : Notes & Neurons @ World Science festival 2009

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